L'île de Sumba
L'île de Sumba se situe dans les Petites îles de la Sonde, à l'est de l'Indonésie. Elle fait partie de la région géo-écologique de la Wallacea. Contrairement à Bali, à Lombok ou à Sumbawa, Sumba ne tire pas son origine d'une activité volcanique. Cette île est au contraire un terrane (portion de croûte continentale détachée de sa plaque d'origine) qui a rejoint sa position actuelle après s'être séparée, selon l'hypothèse aujourd'hui la plus admise, de la marge du Sundaland (Asie du Sud-Est). Une seconde hypothèse, moins soutenue, la fait provenir du nord-ouest de l'Australie. Sumba se compose principalement de roches calcaires et de récifs coralliens soulevés ce qui pèse lourdement sur l’écologie de l’île.
Image 1, savane et forêt. Image 2: marais et forêt de Casuarina. Image 3: forêt décidue. Image 4: mangrove.
Le climat est tropical, semi-aride et saisonnier. La saison des pluies se concentre principalement entre novembre et mai. Toutefois, sa répartition est très hétérogène : les précipitations se concentrent particulièrement dans certaines régions des massifs montagneux de Manupeu-Tanah Daru et de Laiwangi-Wanggameti. Durant cette période, les rivières se mettent à gonfler et les lacs se remplissent. L’eau des pluies n’est pas nécessairement disponible, car les roches calcaires favorisent toutefois son infiltration. Elles agissent comme des systèmes karstiques dans lesquels l'eau disparaît rapidement vers le sous-sol, ce qui assèche les sols de surface, déjà naturellement pauvres.
Dès le mois de mai s'ensuit une longue période sèche, caractérisée par des vents chauds venus d'Australie. C'est une période propice aux incendies. Durant cette période, les arbres décidus perdent leurs feuilles afin de limiter les pertes en eau par évapotranspiration.
Les forêts sempervirentes occupent essentiellement les massifs du sud, dans les parcs nationaux de Manupeu-Tanah Daru et de Laiwangi-Wanggameti. Ces forêts primaires humides profitent de pluies plus abondantes dans ces régions d'altitude. Elles possèdent une composition végétale riche, comprenant notamment Alstonia spectabilis, diverses espèces de Ficus, Syzygium, Canarium spp., Dysoxylum spp., Palaquium spp., Toona sureni, Sterculia foetida, Schleichera oleosa, Casuarina spp., Santalum album (le santal), ainsi que diverses espèces de rotins et de bambous.
Ces refuges naturels hébergent une avifaune remarquable comprenant plusieurs espèces endémiques, dont le Calao de Sumba (Rhyticeros everetti), la Ninoxe de Sumba (Ninox rudolfi), le Colombar de Sumba (Treron teysmannii), le Ptilope de Sumba (Ptilinopus dohertyi) et le Turnix de Sumba (Turnix everetti). Les forêts des bassins versants jouent plusieurs rôles dans le cycle hydrique : elles interceptent les pluies et stabilisent les sols, et participent aussi au maintien des sédiments en réduisant le ruissellement.
Image 1: Grewia sp. Image 2 at 3: Ficus sp. Image 4. Casuarina junghuhniana.
Les forêts décidues occupent pratiquement le reste de l'île, mais sous forme de mosaïques discontinues. Elles se maintiennent surtout au fond des vallons, dans les zones situées en contrebas des savanes, et dans les lieux protégés des vents où l'eau est plus abondante. Les espèces qui peuplent ces forêts sont notamment Sterculia foetida, Schleichera oleosa, Tamarindus indica, Pterocarpus indicus, Eucalyptus alba, Vitex pubescens, Acacia leucophloea, d'autres Pterocarpus spp., Diospyros spp., Lagerstroemia speciosa, Ficus spp., Casuarina junghuhniana et Santalum album.
La plupart de ces espèces perdent leur feuillage durant la saison sèche afin de limiter l'évapotranspiration. Cette stratégie a pour effet indirect d'augmenter la biomasse végétale disponible au sol. Aussi, l'herbivorie diminue durant cette période ce qui ralenti les flux d'énergie et de matière. La sécheresse favorise aussi une augmentation des incendies qui peuvent alors s’étendre sur de larges espaces. Ainsi, les espèces végétales qui dominent ces forêts sont aussi celles qui sont le mieux adaptées aux flammes. Elles possèdent des graines ou des racines résistantes et affichent une grande capacité de régénération. La sécheresse et le feu deviennent donc les facteurs déterminants de la dynamique de sélection des espèces de ces forêts décidues.
Durant la saison des pluies, la croissance végétale peut reprendre. Les espèces qui dominent les forêts décidues sont aussi douées d'une croissance rapide, afin d'être prêtes pour la saison sèche suivante. L'activité des herbivores s'accroît alors, permettant de renouer avec les cycles naturels.
Image 1 et 3: savane près de Wairinding. Image 2: steppe au centre de l'île. Image 4. Ficus isolé à l'est de l'île.
La majorité de l'île est occupée par de vastes savanes, devenues le paysage dominant. Ces savanes sont modelées et maintenues par une roche mère calcaire et poreuse qui ne retient pas l'eau de pluie, une longue saison sèche, des vents chauds, des incendies récurrents, l'élevage et la conversion forestière. Les feux répétés empêchent la régénération des arbres et favorisent progressivement la croissance des graminées, façonnant les paysages de savane. Les plantes qui dominent ces savanes sont Imperata cylindrica, Themeda spp., Heteropogon spp., Panicum spp., Cynodon dactylon, Brachiaria spp., Cyperus spp., Borassus flabellifer (le palmier lontar), Eucalyptus alba et Casuarina spp. Ce sont des endroits propices aux animaux d'élevage tels que les buffles, les chevaux, les bovins et les chèvres.
Image 1 et 2: maisons traditionnelles uma mbatangu. Image 3: tombes dans un village. Selon les croyances Marapu, les morts tiennent une part active dans les affaires de la communauté. Image 4: penji qui représente l'esprit ancestral ou un gardien.
L'agriculture locale se décline en plusieurs stratégies complémentaires : cultures pluviales, cultures de vallées, agro-écosystèmes forestiers, cultures de tubercules et de céréales, ainsi qu'élevage.
Les habitants ont développé des systèmes traditionnels nommés Kaliwu (dialecte du centre de Sumba) ou Kaliwo (dialecte du sud-ouest). Il s'agit d'une adaptation de la production agricole aux cycles naturels et climatiques. Ces systèmes d'agroforesterie associent arbres, cultures de plantes alimentaires et médicinales, fourrage et élevage. Les cultures produisent des résidus végétaux utilisés pour l'alimentation du bétail, dont le fumier contribue en retour à enrichir les sols agricoles. Les systèmes Kaliwu/Kaliwo reproduisent en partie la structure d'une forêt afin de répondre aux besoins alimentaires et matériels (bois de chauffage, matériaux de construction). Ils représentent une forme importante d'agroécologie adaptée au climat semi-aride.
Ces systèmes agricoles traditionnels ne répondent pas uniquement à des contraintes écologiques, mais aussi à des dimensions culturelles. Les activités doivent se structurer selon l'organisation clanique et les droits coutumiers qui régissent les territoires. Cette dimension culturelle inclut également de nombreux lieux sacrés, qui doivent être traités avec des égards particuliers. Dans cette perspective, l'environnement n'est pas envisagé comme un stock de ressources à maximiser, mais comme une composante identitaire et spirituelle.
Image 1 et 4: rivière, erosion de la roche calcaire et cascade dans l'ouest de l'île. Image 2: Pseuderanthemum. Image 3: Hippobroma longiflora.
Plusieurs cours d'eau relativement modestes sillonnent ce paysage vallonné. Leur apport en eau est essentiellement saisonnier, mais il joue néanmoins un rôle important dans le maintien de la biodiversité, de l'agriculture et de l'élevage.
Pendant la saison humide, les débits augmentent rapidement, ce qui favorise l'érosion et le transport de sédiments. Les plaines alluviales peuvent aussi être temporairement inondées, reconnectant certains habitats aquatiques.
Pendant la saison sèche, les petits cours d'eau disparaissent et les bassins isolés deviennent des refuges aquatiques. Les sources permanentes acquièrent alors une importance majeure, autour desquelles rayonne la vie.
Le terrain calcaire favorise aussi l'écoulement des eaux souterraines à travers ses failles ; l'eau peut ensuite ressurgir plus loin sous forme de source.
Image 1: Spinifex sp. Image 2: Pandanus sp. Image 3. Prena serratifolia. Image 4: Calotrpis gigantea.
Les côtes entretiennent plusieurs systèmes écologiques importants, tels que les récifs coralliens, les herbiers marins, les mangroves, les plages et les vasières. Ils prolongent les écosystèmes terrestres vers la mer.
Les récifs de Sumba font partie du vaste ensemble marin du Triangle de corail (Coral Triangle), et plus précisément de son secteur dit « Lesser Sunda–Banda » : l'une des régions les plus riches au monde en coraux et en poissons récifaux.
Les herbiers de Sumba tissent un lien étroit entre les écosystèmes terrestres et marins. Ils sont dominés par des espèces telles que Thalassia hemprichii, Enhalus acoroides, Halophila ovalis, Halodule uninervis, Cymodocea rotundata, Cymodocea serrulata et Syringodium isoetifolium. Ces herbiers constituent notamment des habitats pour des milliers d'invertébrés. C'est aussi l'un des lieux où vivent les dugongs (Dugong dugon), un grand mammifère marin.
Image 1: mangrove à l'ouest de Wainyapu. Image 2 at 3: Sonneratia alba sp. Image 4: mangrove formant un îlot à marée basse.
Les mangroves assurent des fonctions de protection côtière et de stockage du carbone. Leurs enchevêtrements de racines-échasses piègent les sédiments et réduisent la vitesse de l'eau. Elles stabilisent ainsi les rivages, permettant la formation d'habitats complexes pour toute une faune de poissons, de crustacés, de reptiles et bien d'autres. On y retrouve les espèces communes aux mangroves d'Asie du Sud-Est, telles que Rhizophora mucronata, R. apiculata, R. stylosa, Sonneratia alba, S. ovata, Avicennia alba, A. marina, Bruguiera gymnorrhiza, Ceriops tagal, C. decandra, Scyphiphora hydrophyllacea et Xylocarpus granatum.
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Image 1: Acacia sp. bien adaptée au feu. Image 2 at 3: Jatropha gossypiifolia sp. indicatrice d'environment dégradé. Image 4. Solanum sp. pousse bien dans les endroits dérangés ou après surpâturage.
La couverture forestière est aujourd'hui très réduite par rapport à son potentiel historique. Cette perte est essentiellement une conséquence de la déforestation et des incendies répétés. Cette réduction a pour effet d'augmenter l'érosion et d'épuiser les sols. La perte de couverture forestière induit aussi une perte d'habitat pour les espèces d'oiseaux endémiques. Les sédiments issus de l'érosion sont ensuite transportés vers le littoral, où ils peuvent affecter les herbiers et les récifs coralliens.
Enfin, les cultures de canne à sucre et de jatropha pour le biodiesel, au sud-est de l'île, demandent énormément d'eau, ce qui cause une surexploitation des nappes phréatiques. Elles assèchent les rivières, exerçant une forte pression sur la faune et la flore locales ainsi que sur les agriculteurs traditionnels.