Le Tibet


Identité et reconstruction

Les Tibétains, toutes ethnies comprises, ont su rassembler leurs énergies en vue de bâtir une civilisation étonnante, juchée à plus de 3000 mètres d'altitude. Cette civilisation unique traverse aujourd'hui une période de profonde transformation, sous l'effet de son annexion au territoire chinois.

Les ruines du monastère de Samding. Ce monastère abritait jadis l'abbesse Dorje Phagmo, troisième lama le plus important dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain. Il fut détruit en 1959.
Les ouvriers qui bénévolement participaient à la reconstruction du monastère de Samding.
Photo prise en 1994. Le quartier traditionnel au pied du Potala fut détruit afin d'y construire une vaste place.

Le Tibet fut annexé par la Chine en 1959, à l'issue d'une résistance que sa petite armée, mal équipée, ne put soutenir face aux forces chinoises. Les décennies qui suivirent, en particulier lors de la Révolution culturelle, virent la destruction d'un grand nombre de monastères et de dzongs à travers le pays ; même l'académie de médecine traditionnelle de Lhassa n'y échappa pas. Aussi, les moines et les représentants de l'ordre ancien furent nombreux à être persécutés ou à devoir s'exiler. De nombreux témoignages rapportent des arrestations arbitraires, des disparitions, et même des cas de stérilisations forcées.

Malgré cela, les Tibétains ont continué, avec une foi, une loyauté et une résilience remarquables, à fréquenter les ruines de ces monastères et à perpétuer l'usage de ces lieux de pèlerinage. Ils continuent de circumambuler ces sites qui structuraient jadis la pensée, la morale et l'autorité de leur société. Des reconstructions sont aujourd'hui sélectivement autorisées, mais la société tibétaine ancienne, telle qu'elle existait avant 1959, ne retrouvera sans doute plus jamais sa forme d'origine.

La génération de Tibétains qui a connu les premières décennies de cette transformation, qui a fièrement résisté au changement et en a subi les conséquences, souhaite avant tout le bonheur de ses enfants. Beaucoup choisissent aujourd'hui de les orienter vers l'intégration ce qui implique un programme d'éducation chinoise pour une insertion dans cette nouvelle société en devenir. Le Tibet contemporain cherche ainsi à redéfinir ses repères, entre fidélité à son héritage et adaptation à une réalité politique qui ne semble pas prète de changer.