La forêt tropicale humide de Bukit Barisan
Le parc national de Bukit Barisan Selatan (Taman Nasional Bukit Barisan Selatan, TNBBS) le long de l’extrémité méridionale de la chaîne des Bukit Barisan, à Sumatra. Il comprend une superficie d’environ 356 800 hectares de zones protégées couvrant des forêts côtières, des forêts tropicales de plaine et des forêts de montagne.
L’importance écologique du parc repose en grande partie sur la continuité de ses habitats et la dynamique de ses écosystèmes. Il constitue l’une des principales zones protégées de forêt tropicale de Sumatra et abrite plusieurs espèces emblématiques et menacées, notamment le tigre de Sumatra (Panthera tigris sumatrae), l’éléphant de Sumatra (Elephas maximus sumatranus) et le rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis). Le parc abrite également l’ours malais (Helarctos malayanus), le tapir malais (Tapirus indicus), le cerf sambar (Rusa unicolor), le muntjac (Muntiacus muntjak) et une grande diversité de primates et d’oiseaux.
Le parc couvre un vaste gradient écologique allant du niveau de la mer jusqu’aux zones montagneuses. Cette variation d’altitude s’accompagne de changements de température, d’humidité, de structure forestière et de composition floristique. On y trouve notamment des forêts côtières et des mangroves, des forêts tropicales de plaine, des forêts tropicales de collines ainsi que des forêts tropicales de montagne. Cette diversité d’habitats permet à de nombreuses espèces d’exploiter différentes zones écologiques et favorise le déplacement de grands mammifères à travers un paysage relativement continu.
Les forêts côtières représentent environ 1 % du territoire du parc. Elles sont soumises à des conditions environnementales particulières, notamment l’exposition au vent, aux embruns salins, au sable et, dans certains milieux humides, à des sols pauvres en oxygène.
On y trouve des espèces adaptées à ces conditions, notamment des mangroves ainsi que Terminalia catappa, Barringtonia asiatica, Calophyllum inophyllum, des espèces d’Hibiscus, de Casuarina, de Pandanus et de Ficus, notamment Ficus septica, ainsi que de nombreuses autres espèces adaptées aux conditions littorales.
Les forêts tropicales de plaine se situent principalement à basse altitude et représentent environ 45 % du parc. Elles se caractérisent par une structure complexe, avec plusieurs étages de végétation, une grande diversité d’arbres, d’arbustes, de lianes, de plantes épiphytes et une canopée généralement fermée. Le parc possède notamment une importante diversité de familles d’arbres telles que les Dipterocarpaceae, les Lauraceae, les Myrtaceae, les Annonaceae et les Fagaceae.
Parmi les genres représentés figurent notamment Shorea, Dipterocarpus, Hopea, Ficus, Syzygium, Artocarpus, Litsea et Eugenia. Le sous-étage forestier possède également une biodiversité très élevée. Les inventaires du parc font état de plus de 500 espèces d’arbres et de plantes du sous-étage, ainsi que de nombreuses orchidées, espèces de rotins et bambous.
C’est dans cet environnement que l’on peut notamment rencontrer des espèces remarquables comme Rafflesia arnoldii et des espèces du genre Amorphophallus. Ces dernières sont particulièrement connues pour leurs inflorescences gigantesques, certaines étant parmi les plus grandes ou les plus hautes du règne végétal.
Les forêts de colline représentent environ 34 % du parc. Elles se développent à des altitudes intermédiaires et sur des terrains souvent plus accidentés et pentus.
La structure de la forêt change progressivement par rapport aux forêts de plaine. Avec l’augmentation de l’altitude, la composition floristique évolue et certaines espèces typiques des basses altitudes deviennent progressivement moins abondantes. La proportion de certaines familles telles que les Lauraceae, les Myrtaceae et les Annonaceae peut augmenter, tandis que plusieurs espèces de Dipterocarpaceae caractéristiques des basses terres deviennent moins fréquentes.
Les forêts de montagne se situent à plus haute altitude. Elles représentent environ 20 % de la superficie forestière.
Lorsque l’altitude augmente, les températures diminuent tandis que l’exposition au vent et, généralement, l’humidité augmentent. Ces conditions favorisent une végétation différente de celle des basses terres. Les arbres deviennent généralement plus petits, les mousses, les fougères et les plantes épiphytes deviennent plus abondantes et le sous-étage peut être plus dense.
Tous ces écosystèmes, de la côte aux montagnes, sont connectés au sein d’un vaste paysage forestier. Cette continuité permet le déplacement de grands animaux dont le cycle de vie nécessite des superficies importantes.
Parmi les grands mammifères du parc figurent l’éléphant de Sumatra (Elephas maximus sumatranus), le tigre de Sumatra (Panthera tigris sumatrae), le rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis), l’ours malais (Helarctos malayanus), le tapir malais (Tapirus indicus), le cerf sambar (Rusa unicolor), le muntjac (Muntiacus muntjak), les sangliers, ainsi que plusieurs espèces de primates, de petits carnivores, de rongeurs et de chauves-souris.
Les éléphants sont de grands mammifères qui consomment d’importantes quantités de matière végétale. Leur régime alimentaire repose principalement sur les herbes, les feuilles, les jeunes pousses, les branches, les racines et les fruits. Ils sont capables d’exploiter un large spectre de végétaux.
Les éléphants vivent généralement en groupes familiaux. Même lorsqu’ils vivent en petits groupes, leurs besoins alimentaires importants les obligent à se déplacer sur de grandes distances. Une étude récente menée dans le paysage du parc national de Bukit Barisan Selatan a mesuré, pour un groupe suivi par GPS, des domaines vitaux allant de 21 226 à 55 553 hectares. Ces résultats montrent que la superficie utilisée est énorme mais peut varier considérablement dans le temps. Elle dépend notamment de la disponibilité des ressources, de la structure du paysage, de la présence de l’eau et des modifications de l’habitat.
Ces pachydermes jouent un rôle écologique important dans la forêt tropicale. Ils peuvent être considérés comme des « architectes » de l’écosystème : en cassant des branches, en créant des passages et des ouvertures dans la végétation, en perturbant le sol et en transportant des graines sur de longues distances. Ils influencent la structure de la végétation, la dispersion des graines et la régénération de la forêt.
La conservation de cette espèce ne se limite donc pas à la protection des individus, mais implique également la préservation d’un vaste réseau de paysages, d’habitats et de corridors permettant leurs déplacements.
Les tigres sont des prédateurs au sommet du réseau trophique. Leur survie dépend donc directement de l’abondance des proies situées aux niveaux trophiques inférieurs. Ils chassent notamment des sangliers, des cerfs sambar, des muntjacs et divers autres mammifères. Ils peuvent également capturer des primates et d’autres vertébrés.
Leur habitat doit donc fournir une couverture végétale suffisante pour leur permettre de se dissimuler, une quantité suffisante de proies et un accès à l’eau. Les domaines vitaux des tigres peuvent être très vastes et varient selon le sexe, la disponibilité des proies, la qualité de l’habitat et la densité des autres tigres.
Leurs rayures constituent un camouflage efficace dans les environnements forestiers. Elles fragmentent visuellement la silhouette de l’animal et peuvent se confondre avec les alternances d’ombre et de lumière produites par la végétation.
Les tigres sont des animaux solitaires. Lorsque les jeunes deviennent indépendants, ils doivent trouver leur propre territoire de chasse. Dans un paysage fragmenté, les déplacements entre les différents territoires peuvent devenir plus difficiles. La fragmentation peut ainsi réduire les possibilités de rencontre et par conséquent de la croissance des populations.
La conservation de cette espèce nécessite donc notamment la protection de vastes habitats forestiers et le maintien de corridors écologiques permettant les déplacements entre les différents secteurs du paysage.
Contrairement aux éléphants, les rhinocéros de Sumatra sont principalement solitaires. Ils consomment des feuilles, des jeunes pousses, des plantes ligneuses, des broussailles et des lianes. Ils occupent ainsi une niche écologique associée à la végétation dense des forêts tropicales.
Cette espèce est particulièrement vulnérable parce que sa reproduction dépend de la rencontre entre les mâles et les femelles. Lorsque les populations deviennent très petites et isolées, la probabilité de rencontre entre les individus diminue. À cela s’ajoute un faible taux de reproduction, ce qui rend le rétablissement des populations particulièrement difficile.
La conservation du rhinocéros de Sumatra nécessite donc non seulement la protection des individus, mais également la préservation de populations suffisamment importantes et connectées pour permettre leur reproduction.
Parmi les primates, on rencontre notamment le siamang (Symphalangus syndactylus), le singe de Thomas (Presbytis thomasi) et plusieurs autres espèces de primates, dont des macaques et des colobes. Ces animaux exploitent différentes ressources de la forêt, notamment les feuilles, les fruits, les graines et les jeunes pousses.
Le parc abrite également une grande diversité d’oiseaux, notamment plusieurs espèces de calaos. Ces derniers jouent un rôle important dans la dispersion des graines sur de longues distances et contribuent ainsi à la régénération et au maintien de la diversité végétale de la forêt.
L’expansion de l’agriculture constitue l’une des principales pressions exercées sur les écosystèmes du parc et sur ses marges. Cette pression est notamment associée aux plantations de café, aux pâturages, aux rizières et aux petites exploitations agricoles.
ans certaines zones, la transformation progressive de la forêt en terres agricoles crée une forme d’agro-écosystème dans laquelle se mélangent des espèces cultivées et des espèces sauvages. Cette transformation modifie cependant la structure de l’habitat et peut réduire la superficie des forêts naturelles.
L’agriculture, les routes et les feux utilisés pour défricher peuvent contribuer à la fragmentation de la forêt. Cette fragmentation peut compliquer les déplacements et la reproduction des populations d’éléphants, de tigres et de rhinocéros. Ces espèces ont besoin de vastes espaces et d’une certaine continuité entre les habitats naturels.
La transformation des habitats peut également être à l’origine de conflits entre les populations locales et la faune sauvage, notamment avec les éléphants. Lorsque ceux-ci se déplacent vers les zones agricoles, ils peuvent consommer des cultures et endommager les plantations, provoquant des pertes pour les agriculteurs et des conflits avec les communautés locales.
Le braconnage constitue également une menace importante. Des activités illégales peuvent viser des espèces telles que les tigres, les rhinocéros et les pangolins. La chasse d’animaux comme les sangliers, les cerfs ou les tapirs peut également réduire les populations de proies disponibles pour les grands prédateurs.
L’introduction et la prolifération d’espèces végétales invasives constituent une autre menace. Parmi les espèces signalées dans le parc figurent notamment Merremia peltata, une liane particulièrement agressive, Clidemia hirta, Imperata cylindrica et Calliandra calothyrsus. Des études menées dans le parc montrent que certaines de ces espèces peuvent devenir dominantes dans les zones perturbées et limiter la régénération des espèces indigènes.
Les perturbations telles que les incendies, les ouvertures de la canopée et la dégradation de la forêt peuvent favoriser ces espèces, qui colonisent rapidement les espaces nouvellement ouverts. Merremia peltata, par exemple, constitue actuellement une préoccupation particulière dans le parc : une étude récente indique qu’elle avait infesté plus de 8 000 hectares en 2020.