Le massif montagneux de Mutis à Timor
Le mont Mutis culmine à 2427 mètres d'altitude dans la partie indonésienne de l'île de Timor, non loin de la frontière avec le Timor-Leste. Il s'agit d'une élévation issue de la collision entre la plaque continentale australienne et l'arc insulaire de Banda, situé plus au nord. Sa géologie est dominée par des roches métamorphiques, bien que l'on y trouve également des zones sédimentaires riches en calcaire. Il bénéficie d'un climat nettement plus frais et humide que les régions environnantes, en raison de son altitude.
Le mont Mutis héberge une grande variété d'écosystèmes : forêts d'eucalyptus, forêts montagnardes tropicales mixtes, prairies d'altitude, ainsi que des savanes et des forêts saisonnières décidues à son pied.
Les forêts d'eucalyptus occupent de vastes espaces en altitude, au-dessus de 1200 à 1500 mètres et jusqu'au sommet. Elles sont dominées par Eucalyptus urophylla et peuvent former un couvert végétal relativement homogène. Toutefois, quelques espèces telles qu'Olea paniculata, Pittosporum timorense, Podocarpus sp., Decaspermum sp., Maesa latifolia, Vitex negundo, Homalanthus sp. et Casuarina sp. viennent parfois s'y mêler pour former un ensemble mixte. La forêt du massif montagneux de Mutis forme ainsi une mosaïque, tantôt dominée par l'eucalyptus, tantôt laissant place à une plus grande diversité. On y recense également du bois de santal (Santalum album), en association avec E. urophylla. Dans cette relation, le santal est partiellement parasite des racines de l'eucalyptus.
Les fleurs d'E. urophylla produisent du nectar et du pollen consommés par les abeilles. Ses branches offrent des sites de repos et de nidification à de nombreux oiseaux, et permettent au Phalanger orientalis de se déplacer d'arbre en arbre sans toucher le sol.
Le Phalanger orientalis, ou couscous gris, est un marsupial arboricole qui se nourrit de feuilles et de fruits. Son comportement nocturne lui permet d'échapper à la plupart des prédateurs ; seuls quelques pythons ou rapaces s'attaquent occasionnellement à cet animal. Celon certaines sources, cet animal aurait été introduit sur l'île par l'Homme à une époque préhistorique.
Ces forêts abritent aussi toute une avifaune, dont beaucoup d'espèces rares et plusieurs endémiques. Parmi les espèces emblématiques figurent le pigeon vert de Timor (Treron psittaceus), le perroquet à joues rouges (Geoffroyus geoffroyi), la perruche à épaules olive (Aprosmictus jonquillaceus), le carpophage de Timor (Ducula cineracea), le méliphage à oreilles de feu (Lichmera flavicans), la myzomèle à poitrine noire (Myzomela vulnerata) et le zostérops tacheté (Heleia muelleri), entre autres oiseaux forestiers. Ces oiseaux jouent un rôle important dans la régénération de la forêt en consommant les fruits et en dispersant les graines.
Le sous-bois est peuplé d'une flore herbacée variée : des orchidées épiphytes telles qu'Eria retusa poussent également sur les eucalyptus, aux côtés de fougères, de mousses et de lichens. Parmi les plantes herbacées, on recense Centella asiatica, des Cyperus sp. et Cynodon dactylon. Cette végétation contribue à nourrir le cerf de Timor (Rusa timorensis), qui peuple la montagne.
Le mont Mutis comprend aussi plusieurs zones de prairie d'altitude. Ces formations herbacées sont dominées par des cypéracées et des graminées, comprenant de nombreuses espèces de Cyperus et Cynodon. Ces espaces constituent un habitat idéal pour le cerf de Timor.
L'ensemble du massif du mont Mutis fonctionne comme un véritable château d'eau. La combinaison de la forêt montagnarde et de l'altitude permet de capter et de retenir l'eau, faisant de ce site un lieu essentiel pour la recharge des cours d'eau. Il constitue notamment la clé de voûte de plusieurs bassins hydrographiques, dont ceux du Benanain et de la Noelmina.
L’ethnie qui peuple la région du mont Mutis se nomme les Mollo. Ce peuple a tissé un lien profond avec ces paysages montagneux. Il décrit la montagne comme une mère nourricière : la terre est sa chair, l’eau son sang, la pierre ses os et les arbres sa chevelure. Cette mère assure ainsi abondance et la fertilité de ses enfants.
Les Mollo divisent leur territoire en trois zones distinctes : les nais-tala’, des forêts sacrées où les prélèvements de ressources sont interdits ou soumis à l’autorisation des autorités coutumières, les zones de pâturage réservées au bétail et les espaces occupés par les villages.
Les nais-tala’ ne sont donc pas de simples zones protégées. Ce sont des territoires sacrés, associés aux ancêtres et au cœur de certains rituels. On y trouve notamment des pierres sacrées liées aux clans et aux cérémonies ancestrales. Ainsi, l’identité mollo dépasse le seul cadre humain pour s’intégrer pleinement au paysage et à son écosystème. Elle y prend racine au point que la destruction d’un élément naturel est perçue comme une atteinte à l’identité même du peuple.
Dans les années 1980, les autorités du district ont délivré des permis à des compagnies minières pour extraire du marbre dans les montagnes du territoire mollo. Cette exploitation a entraîné la destruction de forêts, des glissements de terrain et la pollution de cours d’eau, affectant les communautés vivant en aval.
En 1999, Aleta Baun commence à organiser la résistance avec quelques autres femmes. Elles parcourent à pied le réseau de villages mollo, parfois très éloignés et isolés les uns des autres, afin de convaincre les habitants de se mobiliser. Son message stipulait que l'identité mollo reposait sur la protection du patrimoine naturel du massif montagneus de Mutis.
En 2006, cette mobilisation prend un nouveau tournant. Environ 150 femmes occupent pacifiquement les sites miniers. Assises sur les rochers de marbre, elles tissent leurs étoffes traditionnelles en guise de protestation. Aleta Baun devient alors la cible de menaces et de violences. Après avoir survécu à une tentative d’assassinat, elle doit se réfugier dans la forêt avec son bébé. D’autres villageois sont également arrêtés et battus. Malgré ces intimidations, le mouvement continue de prendre de l’ampleur.
Face à la pression croissante de l’opinion publique et internationnale, les compagnies minières durent cesser leurs activités et quitter les territoires mollo. Aleta Braun reçu le prix Goldman de l'Environnement en reconnaissance pour son rôle dans la défense du patrimoine naturel du massif montagneus de Mutis.
L’ume kbubu, ou « maison ronde », est une habitation traditionnelle de Timor. Elle constitue un espace essentiel de la vie familiale : on y dort, on y cuisine, on y range les récoltes et les semences, et elle sert également de lieu de rassemblement familial.
Les ume kbubu sont généralement de forme circulaire, avec une toiture conique recouverte de chaume. Elles possèdent peu ou pas d’ouvertures et sont caractérisées par une porte très basse, qui oblige les personnes à se courber pour entrer. Ce geste est traditionnellement interprété comme une marque de respect envers la maison et ses occupants.
Le feu situé à l’intérieur produit une fumée qui s’accumule sous le toit. Cette fumée joue un rôle important dans la conservation des aliments et elle contribue à réduire l’humidité et à limiter la présence d'insectes.