La forêt équatoriale d'Indonésie
Acanthaceae
L’Indonésie se situe sur l’un des centres de diversité des Acanthaceae. Cette famille est particulièrement présente dans les forêts tropicales, les milieux perturbés, au bord des rivières, dans les zones côtière et même dans les mangroves. Elle comprend des arbres et des arbustes, des lianes, des broussailles et même des herbes parfaitement adaptées à un milieu ombragé du sous-étage forestier. L’Indonésie héberge plusieurs genres d’Acanthaceae dont Justicia, Ruellia, Strobilanthes, Pseuderanthemum, Thunbergia, Hemigraphis, Acanthus, Graptophyllum, et Clinacanthus. Plus de 160 espèces ont déjà été reportés dans cet archipel de Sumatera jusqu’en Nouvelle Guinée.
La morphologie des Acanthaceae est très diversifiée. Il est donc improbable de tirer des attributs bien distincts qui puissent caractériser la famille. Toutefois, l’on peut reconnaître les Acanthaceae à quelques traits récurrents à la plupart de ces espèces tels que des feuilles opposées décussées, des nœuds enflés sur les tiges, la présence de cystoliths sur les feuilles et des fleurs zygomorphes. Les fleurs sont généralement tubulaires ou bilabiées avec des couleurs blanches, bleues ou pourpres et parfois jaunes ou rouges. Chez la plupart des espèces, elles contiennent des étamines didynamous. Une autre caractéristique typique de cette famille est ses fruits en capsules qui grâce à des hameçons tenus sous pressions nommés rétinacule funiculaire explosent lorsque ils s’ouvrent. Cette méthode balistique de dispersion des graines est particulièrement efficace dans un milieu humide et ou le vent peine à pénétrer les forêts.
Les Acanthaceae occupent une large gamme d’habitats mais on la retrouve principalement dans des milieux perturbés ou entre deux milieux comme au bord des rivières, à la lisière des forêts, dans les mangroves.
Cette famille compte une majorité d’espèces herbacées dont beaucoup se sont adaptées au sous-étage forestier des forêts de Diptérocarpes. Elles peuvent survivre malgré un milieu ombragé grâce à des feuilles dont la finesse permet une meilleure capture de lumière. Elle comporte aussi beaucoup d’espèces pionnières qui savent exploiter les ouvertures de la canopée que laisse derrière elles la chute d’un arbre. Elles peuvent ainsi occuper le parterre de forêts denses et des milieux perturbés, jeunes, tels que des clairières, des maquis, des champs humides, des vallées, des zones côtières et des marais.
Les genres Strobilanthes parexample sont particulièrement bien adaptées aux terrains en pente. On les retrouve dans les zones montagneuses, sur des éboulis et au bord des rivières. Certaines espèces peuvent former de denses populations sur les terrains en pentes. Ces espèces possèdent un mode de reproduction original et efficace pour s’imposer face à la concurrence pour l’espce. Elles opèrent suivant une technique appelée pliestale. Après une longue croissance végétative de plusieurs années, tous les individus d’une même population fleurissent en même temps puis meurent. Cette stratégie de reproduction affecte grandement le sol forestier par un apport soudain de nectar, suivit d’une large production de graines. Les Pseuderanthemum, dont certaines sont reconnaissables à leur feuillage pourpre, poussent de préférence en lisière des forêts et dans les zones de transition. Le genre Hemigraphis comporte beaucoup d’herbacées qui affectionnent les milieux humides et ombragés. Dicliptera et Asystasia sont aussi des plantes basses que l’on retrouve de préférence dans les milieux perturbés et proche des cultures.
Les genres Thumbergia et Mendonica comprennent plusieurs espèces de plantes grimpantes. Thunbergia se distinguent par ses larges fleurs et Mendonica peuvent devenir des lianes importantes ou des arbustes qui poussent dans des milieux humides. Les espèces de ces deux familles ont adopté un mode de grimpe par tige volubile. Contrairement aux Vitaceae qui possèdent des vrilles, leur tige s’enroule autour d’un support permettant à la plante de se hisser vers le haut. Elles peuvent atteindre de 1 à 4 mètres, parfois 10, de hauteur dans le cas de Thumbergia et jusqu’à 30 mètres pour Mendonica.
Cette famille réussit à pousser les limites de sa présence dans l’archipel indonésien jusque dans les zones côtières. Les espèces du genre Avicenia figurent parmi les vraies mangroves qui se sont adaptées aux milieux côtiers. Grace à un système de pneumatophores, elles se sont adaptées à des milieux très salins, alcalins et anoxiques. Le genre Acanthus peut également pousser dans les forêts de mangroves. Acanthus ilicifolius, bien que n’étant pas considérée comme une vraie mangrove, participe en association à cet écosystème. On la rencontre sur les terrains meubles qui émergent de l’eau. Elle est particulièrement bien adaptée aux zones ombragées ce qui en fait une bonne candidate pour occuper les espaces sous forestiers de ces milieux. Ces espèces des milieux côtiers présentent des traits xéromorphiques comme des feuilles épaisses, des épines et une tolérance au sel.
La diversité des Acanthaceae suit aussi la géologie l’Archipel indonésien. Dans sa partie est, on retrouve de nouveau genre adaptés à des milieux plus secs souvent sujets aux sécheresses tels que Graptophyllum, Rungia, Hypoestes, Peristrophe, Lepidagathis et Nelsonia.