La forêt équatoriale d'Indonésie
Annonaceae
La famille des Annonaceae est représentée par des espèces d'arbres, d'arbustes et de lianes adaptés principalement aux régions tropicales. Bien qu'elle soit surtout présente en Amérique et en Afrique, elle s'est également largement diversifiée en de nombreux genres répandus à travers l'Asie du Sud-Est en général. En Indonésie, on retrouve des espèces natives principalement dans les forêts primaires de plaine et les forêts secondaires, jusqu'à 1700 mètres d'altitude.
Les espèces de cette famille peuvent être identifiées grâce à plusieurs caractéristiques physiologiques particulières. En général, elles portent des feuilles simples, alternes, distiques, entières et sans stipules. Les brindilles sectionnées émettent souvent une odeur aromatique. Mais l'un des aspects morphologiques les plus remarquables pour leur identification est la structure florale. Elle se compose de 3 sépales bien visibles, 3 pétales et de nombreuses étamines et carpelles. Les pétales internes forment une chambre florale qui protège les organes reproducteurs. Les fruits des espèces sauvages sont souvent apocarpes, c'est-à-dire composé de carpelles libres dès l'origine, chacun se développant en un monocarpe indépendant après fécondation. Chaque fleur donne ainsi naissance à plusieurs fruits distincts (monocarpes) regroupés en une seule unité. En revanche, plusieurs espèces cultivées, comme celles du genre Annona, forment plus souvent des syncarpes, des baies charnues issues de la fusion (agrégation) des carpelles. Cette différence permet la dispersion des graines par des animaux frugivores de grosse taille.
Malgré une apparence modeste, les Annonaceae sont très présentes dans les forêts tropicales primaires. La plupart de ces espèces occupent le sous-étage forestier, où elles se sont bien adaptées à la faible luminosité. Toutefois, certaines espèces de Maasia, Monoon, Polyalthia et Xylopia peuvent atteindre la canopée. Il existe aussi des lianes qui, à l'aide de crochets, grimpent sur leurs hôtes pour atteindre la lumière ; on trouve parmi elles des Artabotrys, Uvaria, Fissistigma et Friesodielsia. Les Annonaceae ne vivent pas uniquement dans les forêts tropicales denses de plaine ou de diptérocarpacées : on les rencontre aussi dans les forêts secondaires, les marécages, sur sol calcaire et en montagne.
La pollinisation des Annonaceae est principalement cantharophile, c'est-à-dire assurée par des coléoptères, avec lesquels une relation étroite s'est établie. Ces insectes sont attirés par différentes odeurs émises par les fleurs. Certaines espèces de coléoptères pénètrent dans la chambre florale pour y consommer du pollen, et la plante peut parfois produire de la chaleur pour attirer les espèces de coléoptères de plus grande taille. Les épais pétales internes forment une chambre de pollinisation partiellement close. La fleur exprime d'abord sa phase femelle, puis développe ses étamines durant la phase mâle. Les coléoptères ont donc d'abord accès à la phase femelle, où ils consomment des tissus floraux. Après un ou deux jours, la fleur change d'état et les organes mâles se développent, donnant accès au pollen.
Les Annonaceae jouent également un rôle important comme plantes nourricières. Leurs fruits charnus, souvent agrégés (monocarpes ou syncarpes), attirent de nombreux animaux de grande taille : primates, oiseaux (dont des calaos) et divers mammifères, qui assurent la dispersion des graines. Toutefois, plusieurs espèces d'Annonaceae produisent des métabolites secondaires, comme des acétogénines et d'autres alcaloïdes isoquinoléiques. Cette défense chimique, notamment insecticide, peut rendre ces plantes potentiellement toxiques.
Plusieurs Annonaceae font l'objet d'un usage traditionnel alimentaire, cosmétique et médicinal très ancien. C'est le cas d'Annona muricata, le corossolier (soursop). Cette plante, originaire d'Amérique latine, a été introduite et cultivée dans plusieurs régions d'Indonésie ; elle est aujourd'hui parfaitement intégrée à la culture locale. Annona squamosa (la pomme cannelle) et d'autres espèces proches furent également introduites et parfaitement adoptée par les pouplations locales pour les mêmes raisons alimentaires. Plusieurs espèces d'Uvaria, originaires d'Asie du Sud-Est, produisent aussi des fruits comestibles. C'est le cas d'Uvaria grandiflora, dont les fruits orange, cylindriques, en forme de banane, sont récoltés à l'état sauvage.
Les fruits du kepel, Stelechocarpus burahol, peuvent également être consommés. L'arbre est essentiellement cultivé à Java, à proximité des palais royaux. Ses fruits sont considérés comme des « fruits de palais » symbolisant notamment l'hospitalité et figurant aujourd'hui comme emblème floral de la région. Leur présence est aussi associée à de bonnes odeurs, qui parfument l'atmosphère environnante. Ses fruits étaient réservés aux princesses royales afin de leur donner un parfum corporel agréable.
Cananga odorata, ou ylang-ylang, est largement cultivé pour ses fleurs. Celles-ci contiennent des composés tels que le linalol, des esters et des sesquiterpènes, à l'origine de leurs propriétés sédatives et relaxantes. On en extrait notamment l'huile d'ylang-ylang et l'huile de cananga : bien que provenant de la même espèce, ces deux huiles sont issues de cultivars différents, ce qui modifie leur parfum et leurs propriétés. Ces fleurs entrent aussi dans la composition de parfums pour savons et autres cosmétiques, et sont utilisées lors de cérémonies. Les racines et les feuilles de certaines espèces d'Anaxagorea peuvent être employées en décoction contre les douleurs musculaires et articulaires. Cette plante a également la réputation de pouvoir améliorer la fécondité.
Les Goniothalamus ont aussi été utilisés contre les rhumatismes, ainsi que dans des préparations destinées à soulager les douleurs liées à la maternité.
Genre économiquement important qui produit notamment le corossolier (soursop), A. muricata et la pomme cannlle, A. squamosa. Toutefois, ces espèces d’arbres ont été importées principalement d’Amérique tropicale. Il n'existe aucune espèce d’Annona qui soit indigène à l’Indonésie. Ses fleurs, le plus souvent axillaires ou opposées aux feuilles, portent trois pétales externes charnus et valvaires. Ces espèces produisent des fruits charnus à pulpe abondante par un processus de fusion des carpelles appelé syncarpie.
Arbustes ou plantes grimpantes. Desmos est un genre qui produit essentiellement des plantes grimplantes ou des arbustes. Il est répandu de l'Inde et de la Chine à travers l'Asie tropicale jusqu'au nord de l'Australie. On le rencontre notamment à Sumatra, Java, Kalimantan et Sulawesi. Plusieurs espèces, comme D. chinensis, sont cultivées comme ornementales pour leurs fleurs très parfumées. Les fleurs, solitaires ou peu nombreuses, portent trois sépales et six pétales disposés en deux verticilles de trois, de taille et de forme comparables. Le gynécée reste apocarpe donnant naissance à des monocarpes qui se resserrent entre chaque graine, formant comme chapelet ou un collier de perles.
Monoon longifolium est originaire du sud de l'Inde et du Sri Lanka, mais il est largement planté dans les grandes villes indonésiennes pour atténuer le bruit. En revanche, le genre compte d'autres espèces natives de la région de l'Insulinde, voire endémiques, telles que M. longipetalum, M. kalimantanense, M. borneense, M. congregatum et M. anomalum. Leurs fleurs sont souvent cauliflores ou ramiflores, poussant respectivement sur le tronc ou sur les vieilles branches. Les pétales sont disposés en deux verticilles, les pétales internes étant généralement plus courts. Les fruits sont des agrégats de monocarpes. Ces monocarpes ressemblent soit à des baies pouvant contenir plusieurs graines, soit sont fusiformes.
Polyalthia regroupe des arbres et des arbustes qui peuplent les forêts de plaine et les forêts marécageuses et peuvent pousser jusqu'à environ 1100 m d'altitude. Ce genre se distingue par une nervation tertiaire réticulée des feuilles, une base foliaire asymétrique, et des pétales des deux verticilles de taille et de forme comparables. Le fruit reste un agrégat de monocarpes issus d'un gynécée apocarpe, chaque carpelle contenant cette fois de deux à six graines.
Stelechocarpus est un genre originaire d'Indochine que l'on retrouve jusqu'à l'ouest de l'Indonésie. Il ne compte que deux espèces, dont l'une, Stelechocarpus burahol, le kepel, est étroitement associée à la culture javanaise. Il était autrefois réservé aux princesses des cours royales de Yogyakarta où son fruit était consommé comme parfum corporel. L'espèce est monoïque et cauliflores avec des fleurs mâles et femelles distinctes qui naissent sur les troncs ou des grosses branches. Les fleurs femelles occupant généralement la partie basse du tronc et les fleurs mâles la partie haute et les branches. Les fruits se développent en gros monocarpes globuleux et charnus.